Au cours des siècles passés, ces chevaux ont été amenés sur l'île de
Céphalonie par les habitants pour servir d'animaux de bât et de transport dans les zones montagneuses inaccessibles aux charrettes.
Ils étaient les compagnons indispensables des bergers et des agriculteurs de l'
île.
Le véritable chapitre «
sauvage » de l'
Aénos s'écrit au milieu du
XXème siècle.
Avec la mécanisation de l'agriculture et l'exode rural, les paysans de
Céphalonie ont progressivement abandonné l'utilisation des
chevaux.
Plutôt que de les abattre, beaucoup de propriétaires ont choisi de libérer leurs animaux sur les hauteurs du
mont Ainos, pensant qu'ils y trouveraient de quoi subsister.
Livrés à eux-mêmes dans un environnement hostile, ces
chevaux domestiques ont dû réapprendre les
instincts de survie.
C’est ici que la sélection naturelle a pris le relais de la main de l’homme : seuls les individus les plus résistants, capables de supporter les
hivers enneigés et les
étés secs du sommet
(1 628 mètre d'altitude), ont survécu et se sont reproduits.
Au fil des décennies, le groupe s’est transformé.
L’isolement géographique sur la montagne a empêché les croisements avec d’autres races, stabilisant un type
morphologique très particulier.
La prise de conscience de la valeur biologique et culturelle de ces
chevaux est survenue tardivement.
Ce n’est qu’au début des années
2000 que des efforts de conservation ont été mis en place.
Le
mont Ainos étant un
Parc National, les
chevaux ont commencé à être perçus non plus comme des animaux errants, mais comme une composante précieuse de la biodiversité de l’
île.
Des associations locales et les autorités du parc ont installé des réservoirs d'
eau pour aider les troupeaux durant les mois de sécheresse estivale.
Aujourd'hui, la population s'est stabilisée, bien qu'elle reste fragile
(entre 25 et 40 individus selon les années).
L’histoire du cheval d’
Aénos est unique car elle illustre le passage de l’animal domestique à l’animal sauvage en un temps record.
Aujourd'hui, les rares visiteurs qui ont la chance d'apercevoir ces «
fantômes » parmi les sapins de
Céphalonie (Abies cephalonica) contemplent un héritage historique précieux.
L'
Aénos est le gardien d'un passé où l'homme et le
cheval collaboraient pour dompter les montagnes
grecques.
Sa survie sur le
mont Ainos est un hommage à la force de la race du
Pinde et à la capacité de la vie à s'épanouir, même dans l'isolement le plus total.