L'Augeron
L'histoire du Cheval Augeron témoigne de l'excellence de l'élevage normand. Bien qu'il ait perdu son nom officiel au profit du Percheron, son héritage perdure dans la puissance et la robe claire des chevaux de trait que l'on croise encore aujourd'hui dans les haras de Normandie. Il reste, dans la mémoire collective, le « gentleman » des chevaux de trait français.
L’Épopée de l’Augeron : L'Élégance du Trait Normand
Le Cheval Augeron est une page prestigieuse, bien que désormais intégrée, de l'histoire de l'hippologie française. Variété historique du Percheron, il tire son nom de son berceau d'origine : le Pays d'Auge, une région naturelle de Normandie s'étendant sur les départements du Calvados, de l'Orne et de l'Eure.
Son histoire est celle d'un cheval de prestige, sélectionné pour sa force et son élégance.
L'histoire de l'Augeron commence véritablement au XIXe siècle. À cette époque, le Percheron (originaire du Perche voisin) connaît une expansion fulgurante. Les éleveurs du Pays d'Auge commencent à acheter des poulains dans le Perche pour les engraisser et les élever sur leurs terres riches et verdoyantes.
L'abondance et la qualité des pâturages normands, combinées à une sélection rigoureuse, ont fini par modifier la morphologie de ces chevaux. L'Augeron est devenu plus grand, plus puissant et plus clair que le Percheron classique. On l'appelait souvent le « Percheron de luxe » ou le « Gros Augeron ».
Entre 1850 et 1900, l'Augeron devient le moteur de l'économie entre la Normandie et Paris. Son histoire est indissociable des Diligences.
La vitesse et la force : Sa capacité à trotter longtemps tout en tractant des charges lourdes en faisait la monture idéale pour les services de messageries et les omnibus parisiens.
La renommée : Les marchands de chevaux du Pays d'Auge étaient réputés pour la qualité de leur « préparation » ; les chevaux étaient vendus à prix d'or pour le service des postes et les équipages de prestige de la capitale.
Face au succès de cette variété, les éleveurs normands ont souhaité officialiser l'existence de la race pour se distinguer des élevages du Perche. En 1913, est créée la Société hippique de la race augeronne. Un Stud-Book (registre généalogique) spécifique est ouvert.
Durant cette période, l'Augeron se distingue par sa robe quasi exclusivement gris très clair, presque blanche, qui facilitait sa visibilité la nuit pour les postillons et les cochers.
Comme toutes les races de trait, l'Augeron a payé un lourd tribut lors de la Première Guerre mondiale, servant massivement pour l'artillerie. Entre les deux guerres, il reste le compagnon indispensable de l'agriculture normande, notamment pour le travail dans les vergers de pommiers et les fermes cidricoles.
Cependant, après 1945, l'arrivée massive des tracteurs et le développement des camions ont rendu le cheval de trait moins nécessaire. La population d'Augerons a commencé à décliner rapidement.
Le tournant final de l'histoire de la race a lieu en 1966. Dans un souci de simplification administrative et pour sauver les différents types de chevaux de trait français en voie de disparition, le ministère de l'Agriculture décide de regrouper plusieurs races locales sous une seule bannière.
Le Stud-Book de l'Augeron, ainsi que ceux du Nivernais et du Berrichon, sont fusionnés avec celui du Percheron. Depuis cette date, l'Augeron n'est plus reconnu comme une race distincte, mais comme une branche géographique du Percheron.
Les points à retenir sur l'Augeron
Le « Percheron de luxe »
Au XIXe siècle, les éleveurs du Pays d'Auge achetaient des poulains dans le Perche pour les élever sur leurs riches pâturages normands. Cette nourriture abondante a créé un cheval plus grand et plus massif que le Percheron d'origine, surnommé le « Gros Augeron ».
La robe blanche des Diligences
Sa robe grise très claire était particulièrement prisée à l'époque des diligences et des omnibus, car elle rendait les chevaux plus visibles pour les cochers et les piétons durant la nuit.
Moteur de Paris
Avant l'arrivée du métro et des voitures, l'Augeron était la force motrice principale des transports en commun parisiens (Compagnie générale des omnibus).
Expert du travail en forêt
Grâce à sa force tranquille et son intelligence, il est aujourd'hui très utilisé pour le débardage (transport de bois) dans les zones naturelles protégées où les machines ne peuvent pas circuler.
Patrimoine fusionné
Bien qu'il n'ait plus de registre généalogique indépendant, les éleveurs normands continuent de revendiquer l'appellation « Augeron » pour désigner les lignées issues de leur terroir, symbole d'une excellence séculaire.
Les dates clés de l'Augeron
XIXe s.
Développement du type Augeron par l'engraissement de poulains percherons dans le Pays d'Auge.
1850 - 1910
Domination du marché des omnibus parisiens et des messageries.
1913
Création officielle de la race et de son propre registre généalogique.
1914 - 1945
Utilisation militaire et agricole intensive.
1966
Suppression du Stud-Book indépendant et intégration définitive dans la race Percheronne.
L'essentiel sur l'Augeron
Nom de la race
Augeron (historiquement considéré comme une race, aujourd'hui une variété du Percheron).
Origine
France (Pays d'Auge : Calvados, Orne, Eure).
Type
Cheval de trait lourd.
Taille au garrot
Entre 1,60 m et 1,75 m.
Poids
De 800 kg à 1 100 kg.
Robe
Grise dans toutes ses nuances (souvent très claire ou pommelée, devenant blanche avec l'âge).
Morphologie
Puissante et volumineuse. Encolure musclée, poitrail large, membres robustes et dos court.
Tempérament
Exceptionnellement calme, courageux et docile.
Statut actuel
Registre fusionné avec celui du Percheron depuis 1966.
Utilisations clés
Attelage de tradition, débardage forestier, travaux agricoles, tourisme équestre.
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