Le Bouzkashi
L’histoire du Cheval de Bouzkashi est indissociable de la survie de la culture afghane. Ce n’est pas un cheval que l’on dresse, c’est un partenaire de guerre qui a appris, au fil des siècles, à protéger son cavalier tout en poursuivant avec une ferveur presque humaine l’objectif du jeu : la gloire au milieu de la poussière.
L’Histoire du Cheval de Bouzkashi : Le Guerrier des Plaines d’Asie Centrale
L’histoire du Cheval de Bouzkashi (ou Buzkashi) ne se confond pas avec celle d’une race biologique au sens moderne du terme, mais avec celle d’une élite fonctionnelle. Originaire d’Afghanistan et des régions limitrophes d’Asie Centrale, ce cheval est le produit d’une sélection millénaire visant à créer l’athlète équestre ultime pour le sport national afghan, le Bouzkashi (« l’attrape-chèvre »).
L’origine de ces chevaux remonte aux grandes migrations des peuples turco-mongols et scythes. Historiquement, le Bouzkashi était un exercice d’entraînement pour les cavaliers de la steppe. Il s’agissait de simuler des raids pour récupérer du bétail ou des prisonniers.
Au Moyen Âge, sous l’influence des conquêtes d'Alexandre le Grand puis de Gengis Khan, les chevaux d’Afghanistan ont été croisés avec les robustes montures de Mongolie et les élégants chevaux de Perse. De cette fusion est né un animal capable de supporter le chaos des mêlées et la brutalité des charges, caractéristiques qui allaient devenir les fondements du cheval de Bouzkashi.
Bien que l'on parle souvent du « cheval de Bouzkashi » comme d'une entité unique, son histoire est jalonnée par l'influence de trois grandes lignées régionales :
Le Turkmen (et l'Akhal-Teke) : Pour la vitesse et l'intelligence.
Le Karabair (Ouzbékistan - Afghanistan du Nord) : Pour la solidité et la capacité à pivoter sur place.
Le Qatghani : Une race locale afghane, célèbre pour sa force de traction et sa résistance au froid des montagnes du Nord.
Au fil des siècles, les chefs de tribus (les Khans) ont sélectionné les individus les plus courageux de ces lignées pour créer le « cheval de Bouzkashi » idéal : un animal capable de réfléchir par lui-même au milieu d’une centaine de cavaliers en furie.
À partir du XVIIIe siècle, sous le règne d'Ahmad Shah Durrani (le fondateur de l'Afghanistan moderne), le Bouzkashi et ses chevaux deviennent des instruments de prestige politique. Posséder une écurie de chevaux de Bouzkashi performants était le signe ultime de richesse et de puissance pour un seigneur local.
L'histoire de ces chevaux est alors marquée par un élevage sélectif et secret. Les techniques d'entraînement, transmises par les Sais (palefreniers spécialisés), faisaient de ces chevaux des membres à part entière de la famille des aristocrates afghans.
On les nourrissait d'œufs, de beurre et de pain de maïs pour leur donner l'énergie nécessaire aux tournois qui pouvaient durer plusieurs jours.
Le XXe siècle a été une épreuve pour le patrimoine équestre afghan. Pendant l'invasion soviétique (1979-1989) et les guerres civiles qui ont suivi, les effectifs ont été décimés. Les chevaux étaient des cibles ou mouraient de faim.
Cependant, les éleveurs du Nord (régions de Mazar-e-Sharif et de Kunduz) ont réussi à cacher et à protéger leurs meilleures lignées. Lors de l'interdiction du Bouzkashi sous le premier régime des Talibans (1996-2001), l'élevage a failli disparaître officiellement, mais il a survécu clandestinement dans les provinces rurales, les Afghans refusant de se séparer de ce qu'ils considèrent comme « l'âme de leur peuple ».
Depuis 2002, le cheval de Bouzkashi a retrouvé sa place de roi. Les tournois attirent des foules immenses et les chevaux de renom s'échangent pour des sommes pouvant atteindre des dizaines de milliers de dollars.
L'histoire contemporaine de la race voit l'introduction de sang de Pur-Sang Anglais pour augmenter la taille et la vitesse, tout en essayant de préserver le calme olympien indispensable pour ne pas paniquer dans la mêlée.
Les points à retenir sur le Bouzkashi
Un entraînement de fer
La préparation d'un cheval de Bouzkashi dure plusieurs années. Il est exercé pour ne jamais paniquer malgré les coups de fouet, les cris et les chocs brutaux entre chevaux.
Intelligence tactique
Les meilleurs chevaux sont capables de « lire le jeu ». Ils savent se positionner d'eux-mêmes pour faciliter le ramassage de la carcasse par le cavalier (Chapandaz).
Lien sacré
Entre le cavalier, le propriétaire (le Khan) et le cheval, il existe un lien de respect profond. Le cheval est considéré comme un membre d'élite de la hiérarchie sociale.
Résistance aux chocs
Contrairement aux chevaux de course classiques, le cheval de Bouzkashi est sélectionné pour sa densité osseuse et sa capacité à pivoter instantanément sur ses membres postérieurs au milieu d'une foule compacte.
Les dates clés du Bouzkashi
Antiquité
Développement des techniques de combat équestre par les Scythes et les Parthes.
XIIIe siècle
Influence des chevaux mongols durant les invasions de Gengis Khan.
XVIIIe siècle
Institutionnalisation du Bouzkashi comme sport de prestige sous l'Empire Durrani.
1953
Le Bouzkashi devient officiellement le sport national de l'Afghanistan, codifiant l'élevage des chevaux.
Années 2000
Restauration des grandes écuries du Nord et reconnaissance internationale du cheval de Bouzkashi comme symbole culturel.
L'essentiel sur le Bouzkashi
Nom de la race
Cheval de Bouzkashi (souvent issu des races Karabair, Qatghani ou Turkmène).
Origine
Afghanistan (principalement les provinces du Nord : Balkh, Kunduz, Mazar-e-Sharif).
Type
Cheval de sport traditionnel extrême - Monture de combat et de mêlée.
Taille
Moyenne à grande pour la région : 1,50 m à 1,60 m au garrot.
Morphologie
Puissante et athlétique : poitrail large, arrière-main musclée, membres robustes et dos solide.
Tempérament
Exceptionnellement courageux, calme dans le chaos, intelligent et très réactif.
Alimentation spécifique
Régime de champion : orge, œufs, beurre, mélasse et pain de maïs.
Qualité unique
Capacité à protéger la jambe du cavalier et à anticiper les mouvements de la mêlée.
Utilisation principale
Le Bouzkashi (sport national afghan consistant à se disputer une carcasse de chèvre).
Valeur sociale
Symbole suprême de prestige et de richesse (prix pouvant dépasser 50 000 $ pour un champion).
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