Il était élevé sur les plateaux semi-désertiques où l'herbe était rare mais l'
eau, grâce aux systèmes d'irrigation antiques, permettait de maintenir des lignées d'exception.
Ce qui distingue l'histoire de l'
Al Jawf de celle des chevaux du
Nejd (Arabie Saoudite actuelle), c'est son isolement géographique.
Encastrée entre les montagnes du
Yémen et le grand désert du
Rub al-Khali, la région d'
Al Jawf a permis aux tribus locales
(comme les Dahm) de préserver des lignées sans aucun croisement extérieur pendant des millénaires.
Pour les bédouins d'
Al Jawf, le
cheval était un symbole de statut et un outil de guerre indispensable.
Contrairement aux vastes étendues de sable du
Nord, le terrain d'
Al Jawf est varié : plaines rocailleuses, dunes et contreforts montagneux.
Cette diversité a forgé un
cheval plus robuste et plus «
polyvalent » que ses cousins du désert central, tout en conservant une pureté génétique absolue.
Lors de l'expansion de l'
Islam au
VIIème siècle, les cavaliers
yéménites, et particulièrement ceux d'
Al Jawf, ont constitué le fer de lance des armées arabes.
Leurs
chevaux ont voyagé jusqu'en
Égypte, en
Afrique du Nord et en
Espagne.
On considère souvent que de nombreuses lignées «
Maghrébines » et «
Barbes » ont reçu, à cette époque, l'influence du sang noble venu des plateaux du
Yémen.
Pendant des siècles, l'
Al Jawf est resté le «
cheval des imams » et des cheikhs tribaux, faisant l'objet de poèmes et de traités d'hippologie rédigés par les savants
yéménites, soulignant la noblesse de son port de
tête et la finesse de ses membres.
L'histoire moderne de l'
Al Jawf est plus tourmentée.
Avec la chute de l'imamat en
1962 et les changements sociopolitiques au
Yémen, l'élevage traditionnel a commencé à décliner.
Cependant, les tribus d'
Al Jawf ont continué à élever leurs
chevaux selon les méthodes ancestrales, loin des circuits commerciaux internationaux de l'
Arabe de «
show ».
Malheureusement, le conflit qui déchire le
Yémen depuis
2014 a porté un coup terrible à ce patrimoine.
La région d'
Al Jawf, étant une zone de combats intenses, a vu ses effectifs fondre.
De nombreux
chevaux de grande valeur génétique ont péri ou ont été dispersés, faisant craindre pour la survie de certaines lignées pures qui n'existent nulle part ailleurs sur la planète.
Depuis les royaumes de la
Reine de Saba jusqu'aux défis du
XXIème siècle, ce
cheval incarne l'âme du
Yémen : fier, sobre et d'une noblesse indomptable.
Il reste l'un des joyaux les plus authentiques de l'
Orient, un héritage qui lie le passé antique de l'
Arabie à l'avenir incertain de ses déserts.