L'un des symboles les plus poignants de l'histoire naturelle des Bahamas.
Bien qu'il n'y ait pas de documents écrits précis, les analyses génétiques ont confirmé que ces
chevaux descendaient directement des
chevaux amenés par les
Conquistadors espagnols au
XVIème siècle.
La légende, soutenue par les faits, suggère que leurs ancêtres ont survécu à des naufrages au large des récifs des
Bahamas, ou ont été abandonnés lors de l'évacuation de colonies espagnoles.
Isolés sur l'
île de Great Abaco, ces chevaux se sont adaptés pendant plus de
450 ans à un environnement difficile composé de forêts de pins, de mangroves et de chaleur tropicale.
Pendant des siècles, la population a vécu à l'état sauvage, sans apport de sang extérieur.
Cela a permis de fixer des traits
morphologiques très proches du
Barbe espagnol originel, disparu en
Europe sous sa forme pure.
Au début du
XXème siècle, la population était estimée à environ
200 individus.
Les
chevaux étaient protégés par l'épaisse forêt de pins de l'île.
Cependant, l'histoire a basculé après la
Seconde Guerre mondiale : Le développement des routes pour l'industrie du bois a ouvert l'accès au cœur de l'habitat des
chevaux.
Dans les années
1960, suite à un accident tragique où un enfant a été blessé par un
cheval, une chasse massive a été organisée par les habitants, réduisant le troupeau à moins de
30 têtes.
La création de vastes fermes d'agrumes a détruit leur habitat naturel et introduit des pesticides et des chiens errants prédateurs.
Dans les années
1990, une femme,
Milanne Rehor, se prend de passion pour ces chevaux et fonde la
WHOA (Wild Horses of Abaco Preservation Society).
Elle réussit à faire classer la zone en réserve et à attirer l'attention des généticiens.
En
2004, des tests
ADN confirment que l'
Abaco Barbe est la lignée la plus pure de chevaux coloniaux espagnols au monde.
Malgré ses efforts acharnés, le troupeau est déjà trop consanguin et affaibli par des empoisonnements accidentels
(plantes toxiques et engrais).
Le déclin s'accélère dans les années
2010, en
2013, il ne restait plus qu'une seule
jument.
Le
23 juillet 2015, la dernière représentante de la race, une jument nommée
Nunki, s'est éteinte, marquant l'extinction officielle de l'
Abaco Barbe à l'état vivant.
Bien que la race ait disparu, l'histoire n'est peut-être pas totalement finie.
Avant la mort de
Nunki, des échantillons de tissus et de cellules ont été prélevés et congelés.
Des projets de clonage ou de restauration génétique sont régulièrement évoqués pour tenter de faire renaître ce témoin unique de l'histoire coloniale espagnole.
L'
Abaco Barbe reste aujourd'hui un avertissement sur la fragilité des populations animales isolées.
Ce
cheval, qui avait survécu aux tempêtes de l'
Atlantique et aux
Conquistadors, n'a pas résisté à la pression moderne, laissant derrière lui le souvenir d'une «
légende sauvage » qui a longtemps galopé sous les pins des
Bahamas.