Dans la mythologie et les récits épiques anciens, comme le
Dede Korkut, ces
chevaux colorés étaient souvent associés à des héros ou à des événements spirituels.
Lorsque les tribus turques ont migré vers l’
Anatolie à partir du
XIème siècle, elles ont emmené avec elles ces
chevaux robustes.
Le sang de ces montures d'
Asie centrale s'est alors mélangé aux races locales d'
Anatolie, créant un
cheval capable de supporter les reliefs accidentés et les climats contrastés de la
Turquie.
Sous l'
Empire Ottoman, l'
Alaca a connu ses heures de gloire.
Bien que les
chevaux Arabes fussent les rois de la vitesse, les
chevaux Alaca étaient recherchés pour leur esthétique spectaculaire.
Ils étaient souvent utilisés comme chevaux de parade ou offerts comme cadeaux diplomatiques de grand prestige.
Les miniatures ottomanes du
XVIème et XVIIème siècles témoignent de cette importance : on y voit fréquemment des sultans ou des hauts dignitaires montés sur des
chevaux magnifiquement tachetés, harnachés d'or et de soie.
Leur présence dans l'armée était également notable, non seulement pour leur endurance mais aussi pour l'impact psychologique que leur apparence unique pouvait avoir sur le champ de bataille.
Au-delà des palais, l'
Alaca est resté le compagnon des paysans et des cavaliers d'
Anatolie centrale et orientale.
Il a été façonné par des siècles de pratique du
Cirit (un sport équestre traditionnel turc consistant à lancer des javelots de bois au galop).
Dans ce sport, où la maniabilité et l'explosivité sont cruciales, l'
Alaca, avec sa taille moyenne et son centre de gravité bas, s'est révélé être un maître du pivot et du démarrage rapide.
Sa
robe distinctive permettait également aux spectateurs et aux juges de distinguer facilement les cavaliers dans la poussière de la mêlée.
Avec l'arrivée de la motorisation au
XXème siècle, comme beaucoup de races autochtones, l'
Alaca a vu ses effectifs fondre.
La sélection s'est tournée vers des chevaux plus standardisés pour l'hippodrome, et la
robe «
pie », autrefois signe de noblesse, a parfois été injustement perçue comme un signe de croisement commun.
Cependant, au cours des dernières décennies, un renouveau d'intérêt pour l'identité
turque a conduit à une redécouverte de ce patrimoine.
Des chercheurs
turcs et des passionnés ont entrepris de recenser les derniers individus présentant les caractéristiques pures de l'
Alaca anatolien, notamment dans les régions d'
Erzurum, de
Kars et d'
Ankara.
Aujourd'hui, l'
Alaca fait l'objet de programmes de préservation.
Des universités turques travaillent sur la cartographie génétique de ces
chevaux pour démontrer que leur
robe n'est pas le fruit du hasard, mais l'héritage d'une sélection millénaire.
L'objectif est de faire reconnaître l'
Alaca comme une race à part entière
(souvent sous le nom d'Anadolu Alaca Atı), témoignant de la diversité biologique et culturelle de la
Turquie.
Témoin des conquêtes seldjoukides, des fastes ottomans et des jeux guerriers d'
Anatolie, il incarne l'esthétique et la résilience du peuple
turc.
En préservant l'
Alaca, la
Turquie ne sauve pas seulement une
robe spectaculaire, elle maintient vivant un lien visuel avec ses racines nomades et son passé impérial.