L'histoire de l'
Alt Württemberg est indissociable du Haras d'État de
Marbach, fondé en
1514, ce qui en fait le plus ancien haras d'État d'
Allemagne.
Sous l'influence des ducs, puis des rois de
Wurtemberg, un élevage structuré s'est mis en place pour produire des
chevaux capables de répondre aux besoins de la cour, de l'armée et de la paysannerie locale.
À l'origine, le cheptel était composé de
chevaux robustes du pays, croisés avec du sang espagnol,
napolitain et plus tard,
oriental.
Le but était de créer un
cheval «
à deux fins » : assez élégant pour l'
attelage de prestige et la
selle, mais assez puissant pour les
travaux des champs dans les zones accidentées du Jura souabe.
Au
XIXème siècle, l'élevage s'affine sous l'impulsion de la couronne, où l'on cherche à stabiliser un type de «
demi-sang lourd »
(Schweres Warmblut).
L'influence déterminante viendra de l'introduction de sang
Anglo-Normand, et notamment de l'
étalon Faust, qui a marqué durablement la lignée par sa force et son tempérament.
L’
Alt-Württemberg de cette époque est le partenaire indispensable de la société
allemande.
Il est le
cheval de la cavalerie légère, mais surtout le moteur de l'économie rurale.
Sa robustesse et son caractère équilibré en font une race réputée dans tout l'Empire
allemand.
Après la
Seconde Guerre mondiale, la motorisation rapide de l'agriculture condamne le
cheval utilitaire.
Pour survivre, la plupart des races de trait ou de demi-sang lourd doivent évoluer vers le sport de loisir et de compétition.
Dans les années
1960, le
stud-book du
Wurtemberg décide d'une réorientation radicale.
Par des croisements massifs avec des
Trakehners et des
Pur-sang anglais, le type
morphologique change : le
cheval s'allège, devient plus grand et plus réactif.
C'est la naissance du
Wurtemberger moderne, un
cheval de sport d'élite.
Cependant, cette mutation a failli faire disparaître le type originel.
Les quelques éleveurs restés fidèles au modèle lourd et polyvalent ont vu leurs
chevaux marginalisés.
C’est à la fin du
XXème siècle que la conscience patrimoniale s’éveille.
Des passionnés et des conservateurs réalisent que le patrimoine génétique du vieux type est en train de s'éteindre.
En
1988, une
association de sauvegarde est créée pour préserver les dernières lignées n'ayant pas été excessivement croisées avec du sang de sport.
Le terme
Alt-Württemberg est alors officiellement utilisé pour distinguer ces
chevaux de la version sportive moderne.
La race est aujourd'hui classée sur la «
Liste rouge » des races domestiques menacées en
Allemagne.
L'élevage est extrêmement rigoureux, se basant sur une population restreinte mais très typée, maintenue principalement dans la région du
Bade-Wurtemberg.
Aujourd'hui, l'
Alt-Württemberg n'est plus un outil de
travail, mais il a trouvé sa place dans l'
attelage de loisir, le tourisme équestre et comme
cheval de famille.
Il conserve cette
tête expressive, cette arrière-main puissante et cette sérénité qui ont fait sa gloire pendant des siècles.
L'histoire de l'
Alt-Württemberg illustre la tension constante entre progrès technique et conservation des racines.
En sauvant ce
cheval, les
Allemands ont sauvé une part de leur paysage rural et de leur identité historique.
Il reste le fier représentant d'une époque où la noblesse d'un
cheval se mesurait autant à sa capacité de
travail qu'à la finesse de ses
allures.