L'objectif était clair : produire un
cheval qui posséderait toute l'élégance, l'intelligence et l'endurance du
Pur-Sang Arabe, mais avec une taille supérieure, une
ossature plus forte et une puissance accrue pour porter les officiers de cavalerie et tirer les attelages impériaux.
Pour y parvenir, les autorités impériales ne se sont pas contentées de croiser des
chevaux au hasard.
Elles ont mis en place une sélection scientifique rigoureuse, utilisant des
étalons arabes d'élite importés directement d'
Orient sur des
juments locales ayant déjà une forte influence de sang oriental
(provenant des occupations turques passées).
Le nom de la race provient d'un
étalon exceptionnel :
Shagya.
Ce cheval de lignée
Kehilan et
Siglavy, né en Syrie en 1830 et acheté par les émissaires impériaux pour le haras de
Bábolna en
1836, était une force de la nature.
Contrairement aux
arabes du désert de l'époque qui étaient souvent petits,
Shagya mesurait près de
1,60 mètre.
Il possédait une
robe grise pommelée magnifique, une ossature puissante et un charisme qui a marqué toute sa descendance.
Il fut si influent qu'il a donné son nom à cette nouvelle race, distinguant ainsi le «
Shagya » du
Pur-Sang Arabe classique.
Le
Shagya n'est pas un «
demi-sang » ordinaire.
Pendant plus de deux siècles, les haras d'État (
Bábolna en
Hongrie, mais aussi
Radautz en
Roumanie et
Topolcianky en
Slovaquie) ont tenu des registres d'une précision chirurgicale.
Pour rester dans le livre généalogique
Shagya, un
cheval doit avoir une ascendance majoritairement arabe dans chaque génération.
Contrairement à d'autres sélections, les
Shagya devaient réussir des tests de performance épuisants : raids de plusieurs centaines de kilomètres, épreuves de
saut d'obstacles et traction de charges.
Seuls les meilleurs étaient admis à la reproduction.
Le
XXème siècle fut tragique pour la race : Les deux guerres mondiales ont failli anéantir le cheptel
hongrois.
Lors de la chute de la monarchie austro-hongroise, puis sous le régime communiste, les haras ont été dispersés ou détruits.
Il a fallu la passion de quelques éleveurs et officiers, notamment en
Allemagne et au
Danemark, pour préserver les lignées rescapées.
En
1978, la
WAHO (World Arabian Horse Organization) a officiellement reconnu le
Shagya comme une race distincte, sous l'appellation «
Arabe Shagya » , confirmant qu'il ne s'agit pas d'un
Pur-Sang Arabe, mais d'une race à part entière basée sur le sang
arabe.
Aujourd'hui, l'
Arabe Shagya est sorti des casernes militaires pour conquérir les terrains de sport.
L'
Arabe Shagya est le symbole d'une Hongrie historiquement tournée vers l'excellence équestre.
Il est la preuve que l'on peut marier la noblesse du désert avec la force de l'
Europe.
Plus grand, plus fort, mais tout aussi élégant que l'
arabe original, il demeure, selon l'expression consacrée, «
le cheval de l'empereur devenu le partenaire de l'athlète moderne ».