Les origines exactes de l'
Âne du Poitou sont floues, mais sa présence dans la région du
Poitou est documentée dès le
Xème siècle.
Certains récits suggèrent que ses ancêtres auraient été ramenés d'
Italie ou d'
Espagne par des prélats, tandis que d'autres y voient une évolution naturelle des populations asines locales favorisée par les sols riches et le climat humide du centre-ouest de la
France.
Dès le
Moyen-Âge, il devient un animal de prestige.
Mais c'est sous le règne de
Colbert, au
XVIIème siècle, que la race commence à être véritablement structurée pour répondre à un besoin économique précis.
L'histoire de l'
Âne du Poitou est indissociable de celle de la
Mule.
Jusqu'au début du
XXème siècle, l'
Âne du Poitou n'était pas élevé pour lui-même, mais pour être croisé avec une
jument de trait
(la jument Trait Poitevin Mulassier).
Ce croisement donnait naissance à la
Mule Poitevine, réputée pour être la plus forte et la plus endurante au monde.
Le
Poitou exportait chaque année des milliers de mules vers l'
Espagne, l'
Italie, l'
Afrique du Nord et même les
Amériques pour les
travaux de mine et de bât.
L'
Âne du Poitou était alors le reproducteur le plus cher et le plus recherché de la planète.
Au-delà de sa taille
(jusqu'à 1,50 mètre au garrot), ce qui a frappé l'histoire, c'est son apparence unique.
Traditionnellement, on ne brossait jamais l'
Âne du Poitou.
Ses longs poils noirs ou brun foncé s'aggloméraient pour former des sortes de dreadlocks appelées «
cadénettes » .
À l'époque, plus un
baudet avait de longs poils et de larges cadénettes, plus il était considéré comme de «
pure race » et de grande valeur.
Cela lui donnait une allure de créature préhistorique, à la fois étrange et majestueuse.
Avec l'arrivée du tracteur et du camion après
1945, l'industrie de la
Mule s'est effondrée du jour au lendemain.
En
1977, un recensement mené par l'Ingénieur
Général Annick Audiot révèle qu'il ne reste plus que
44 individus (mâles et femelles confondus) dans le monde entier.
La race était alors officiellement en voie d'extinction imminente, et face à cette situation critique, un mouvement de sauvegarde sans précédent est né.
L'État
français, les éleveurs passionnés et le
Parc Naturel Régional du Marais Poitevin ont uni leurs forces.
L’
Asinerie du Vigeant, qui est une asinerie expérimentale, a été créée pour gérer les croisements et éviter la consanguinité.
Le
livre généalogique a été rigoureusement tenu pour réhabiliter la race.
Grâce à ces efforts, on compte désormais plus de
2 500 individus répartis en
France et à l'étranger.
S'il reste une race menacée, le danger immédiat est écarté.
L'
Âne du Poitou est bien plus qu'un animal de ferme ; c'est un monument historique vivant.
S'il ne fabrique plus les
mules de guerre d'autrefois, il est aujourd'hui l'ambassadeur d'une biodiversité préservée et le chouchou du public dans les parcs de loisirs et les fermes pédagogiques.
Son histoire nous rappelle que le patrimoine, qu'il soit de pierre ou de chair, exige notre
vigilance constante.