Dans ces sépultures gelées, des
chevaux ont été retrouvés mummifiés par le permafrost, avec leurs harnachements complexes.
Ces découvertes ont révélé que les cavaliers scythes de l'
Altaï possédaient déjà des
chevaux morphologiquement très proches de l’
Altaï moderne : des animaux trapus, dotés de membres puissants et d'une résistance phénoménale, capables de porter des guerriers lourdement armés sur des dénivelés vertigineux.
Contrairement aux races européennes, l’
Altaï a été façonné par le climat sibérien, en effet, pendant des millénaires, ces
chevaux ont vécu en mode tabun
(troupeaux semi-sauvages), sans abri ni apport de nourriture humaine, même par
-40°C.
Une caractéristique historique majeure de la race est la
tebenyovka : la capacité du
cheval à trouver sa nourriture sous une épaisse couche de neige en grattant le sol avec ses
sabots.
Seuls les individus les plus robustes survivaient, créant un réservoir génétique de santé et de fertilité quasi indestructible.
Cette sélection naturelle a produit un
cheval au système
cardiorespiratoire très développé, adapté à l'air raréfié des hautes altitudes.
Au
XXème siècle, sous l’ère soviétique, l’histoire de l’
Altaï a pris un tournant plus industriel.
Les autorités cherchaient à augmenter la taille et la capacité de trait des
chevaux locaux pour les besoins de l’agriculture et de l’armée.
Deux courants se sont alors distingués.
L’
Altaï pur
(primordial), maintenu dans les zones les plus reculées pour le transport de bât et les déplacements en haute montagne.
L’
Altaï amélioré a été croisé avec des races comme le
Don, le
Budyonny ou des traits
lituaniens.
Ces croisements ont donné naissance à une nouvelle branche, plus massive, souvent désignée sous le nom de
Novoaltaiskaya (Nouvel Altaï), spécialisée dans la production de viande et de lait
(kumis), des ressources vitales pour les populations sibériennes.
Historiquement, l’
Altaï était le partenaire indispensable des chasseurs de fourrures.
Capable de franchir des rivières glacées au courant impétueux et de marcher sur des corniches rocheuses étroites, il a permis l'exploration et la cartographie des zones les plus impénétrables de la
Russie d'
Asie.
Sa docilité et son sens de l'orientation en font, encore aujourd'hui, le guide privilégié des expéditions dans la
taïga.
Aujourd'hui, l'
Altaï pur est considéré comme une ressource biologique précieuse.
Bien que la race ne soit pas en danger immédiat en raison de son importance économique en
Russie, les chercheurs s'efforcent de préserver le génotype original, celui qui n'a reçu aucune influence extérieure, afin de conserver ses capacités uniques de survie.
L'histoire du
cheval Altaï est un récit de symbiose entre l'animal, l'homme et la montagne.
De l'époque des cavaliers des steppes jusqu'aux éleveurs de la
Sibérie contemporaine, il est resté un lien vivant avec la préhistoire de la domestication.
Plus qu'une race, l'
Altaï est la preuve que la nature, lorsqu'elle est le seul juge de l'élevage, produit des chefs-d'œuvre de résilience.