Dans le monde équestre traditionnel, on apprend que le cheval possède trois allures : le
pas, le
trot et le
galop.
Pourtant, il existe une «
quatrième dimension » de la locomotion équine : l'
amble.
Longtemps considérée comme une curiosité ou un défaut par certains, cette
allure est en réalité une prouesse de confort et de vitesse.
L'
amble n'est pas une «
erreur » de la nature, mais une spécialisation fascinante.
Que ce soit pour la performance pure sur les hippodromes américains ou pour le plaisir d'une
randonnée sans secousses, l'
amble rappelle que la locomotion du
cheval est bien plus riche et complexe que le simple triptyque
Pas-Trot-Galop.
C'est un lien vivant avec l'histoire du voyage et un témoignage de la diversité génétique de l'espèce équine.
Qu'est-ce que l'Amble ?
Techniquement, l'
amble est une allure latérale à deux temps.
Contrairement au
trot, qui est une allure diagonale
(le membre antérieur gauche se déplace en même temps que le postérieur droit), l'
amble voit le cheval déplacer simultanément les deux membres du même côté.
Temps 1 : Antérieur droit et
postérieur droit.
Temps 2 : Antérieur gauche et
postérieur gauche.
Visuellement, le
cheval semble se balancer de gauche à droite, une démarche qui rappelle celle de l'éléphant, de la girafe ou de l'ours.
La Découverte du gène : Le « Gait Keeper » (DMRT3)
Pendant longtemps, l'origine de l'amble est restée un mystère : don divin ou dressage secret ?
En
2012, une étude suédoise a révolutionné notre compréhension en identifiant une mutation du gène
DMRT3, surnommé le «
Gait Keeper »
(le gardien de l'allure).
Cette mutation permet au
système nerveux du
cheval de dissocier les mouvements des membres gauches et droits, autorisant ainsi les
allures latérales.
Les
chevaux ne possédant pas cette mutation sont génétiquement «
verrouillés » sur le
trot diagonal.
Cette mutation génétique permet donc au
cheval de dissocier ses membres plus facilement, empêchant la rigidité du
trot et autorisant les rythmes latéraux.
On a découvert que ce gène s'est répandu massivement à l'époque des
Vikings, qui auraient sélectionné et diffusé ces
chevaux confortables à travers l'
Europe et jusqu'en
Islande.
Pourquoi l'Amble a-t-il eu tant de succès ?
L'intérêt pour l'
amble n'est pas esthétique, il est pragmatique :
Le Confort Absolu : Comme il n'y a pas de phase de suspension
(le moment où le cheval saute entre deux foulées), il n'y a aucun rebond vertical.
Le cavalier reste parfaitement immobile dans sa
selle, ce qui était vital avant l'invention de la voiture pour voyager des journées entières.
La Vitesse : L'
amble de
course (appelé Pacing aux États-Unis) est plus rapide que le
trot.
Les
chevaux ambleurs atteignent des vitesses impressionnantes car le mouvement latéral offre une plus grande liberté d'
épaule.
L'Endurance : Cette
allure est moins fatigante pour le
cheval sur de longues distances en terrain plat, car elle nécessite moins d'efforts de stabilisation que le
trot sauté.
L'Amble à travers le monde
Si l'
amble a été délaissé en
France au profit du
trot «
classique », il reste roi dans de nombreuses cultures équestres :
En Amérique du Nord : Les
courses de
Standardbreds ambleurs sont extrêmement populaires.
Les
chevaux y portent souvent des entraves légères pour les aider à maintenir l'
amble à très haute vitesse sans «
casser » vers le
galop.
En Islande : Le
Cheval Islandais possède deux
allures supplémentaires : le
Tölt (allure à 4 temps) et le
Skeið ou «
Amble volant », une
allure de
course spectaculaire.
En Amérique Latine : Les
Pasos Finos et
Pasos Péruviens ont décliné l'
amble en une multitude de variations
(Paso Llano, Sobreandando), créant les
chevaux les plus confortables au monde.
L'histoire fascinante de l'Amble
Dans l'imaginaire équestre moderne, le
pas, le
trot et le
galop règnent en maîtres.
Pourtant, pendant des siècles, une quatrième
allure a dominé les routes d'
Europe et d'
Orient : l'
amble.
allure latérale à deux temps où le
cheval déplace simultanément ses membres du même côté, l'
amble a une histoire fascinante, passant du statut de monture de prestige à celui de curiosité génétique.
L'Antiquité : Le « Gradarius » des Romains
L'histoire de l'
amble remonte à l'
Antiquité.
Des bas-reliefs grecs et romains témoignent de la connaissance de cette
allure.
Les
Romains appréciaient particulièrement les
chevaux ambleurs, qu'ils appelaient gradarius.
À une époque où les
selles n'avaient pas d'étriers et où les chemins étaient rudes, l'absence de rebond vertical de l'
amble était un luxe inestimable.
C’était l’
allure du voyageur, du dignitaire et du messager qui devait parcourir de longues distances sans s'épuiser, ni épuiser son cavalier.
Le Moyen Âge : Le Palefroi contre le Destrier
C'est au
Moyen Âge que l'amble connaît son véritable âge d'or.
Une distinction sociale et technique s'opère alors entre les
chevaux :
Le Destrier : Le
cheval de guerre.
Il doit être puissant et doit
trotter, car le
trot est une
allure stable pour la charge et le combat.
Le Palefroi : Le
cheval de route par excellence.
Le
palefroi était presque systématiquement un
ambleur (ou un cheval doté d'une allure intermédiaire comme l'aubin).
Être un «
noble ambleur » était une marque de distinction.
Les dames de la noblesse, les clercs et les riches marchands ne juraient que par l'
amble pour son confort «
soyeux ».
On disait d'un bon
cheval qu'il «
allait les deux pieds d'un côté », permettant de voyager des journées entières sans fatigue dorsale.
La Renaissance et le Grand Tournant
Jusqu'au
XVIIème siècle, l'
amble reste l'
allure de voyage standard.
Cependant, deux facteurs vont précipiter son déclin en
Europe :
L'amélioration des routes : Avec l'apparition des chaussées empierrées
(ancêtres du macadam), le
trot devient plus efficace pour les carrosses et les diligences.
La montée du Pur-Sang Anglais : Au
XVIIIème siècle, la sélection se tourne vers la vitesse pure au
galop et la régularité du
trot pour les
courses.
Les
chevaux ambleurs commencent à être perçus comme «
communs » ou «
défectueux » par les nouveaux cercles aristocratiques du sport hippique, qui privilégient les
allures diagonales.
À la fin du
XIXème siècle, l'
amble a presque disparu des manèges européens, subsistant seulement dans des poches géographiques isolées ou pour des usages très spécifiques.
La Transmission vers le Nouveau Monde
Si l'
Europe délaisse l'
amble, les colons l'emportent avec eux vers les
Amériques.
Les
chevaux espagnols
(ancêtres des Pasos) et les
chevaux anglais importés aux
États-Unis (ancêtres du Narragansett Pacer) étaient majoritairement
ambleurs.
Dans les vastes plantations de coton ou pour traverser les
Andes, le confort de l'
amble était vital.
C'est ainsi que sont nées des races comme le
Tennessee Walker, le
Saddlebred ou le
Paso Fino, véritables conservatoires vivants de cette
allure médiévale.
Un Patrimoine Retrouvé
Aujourd'hui, l'
amble connaît un regain d'intérêt.
Que ce soit à travers les courses de
Standardbreds (trotteurs ambleurs) aux
États-Unis, qui atteignent des vitesses vertigineuses, ou grâce au succès du
Cheval Islandais en
Europe, les cavaliers redécouvrent le plaisir de «
voler au-dessus du sol ».
L'histoire de l'
amble est celle d'une adaptation : autrefois allure de confort pour la noblesse, elle est aujourd'hui une discipline de compétition et un lien génétique précieux avec les
chevaux qui, il y a mille ans, transportaient les chevaliers sur les routes de l'histoire.